L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais il est parfois possible d’observer des similitudes entre les événements présents et passés, ainsi il peut être possible alors de tirer des leçons des ces évènements passés.
La première des ressemblances est le refus des pays occidentaux à admettre le génocide à Gaza. Il ressemble beaucoup à celui des Etats-Unis qui attendirent la fin de 1944 pour reconnaître le génocide juif. Une des autres résonances concerne l’état de la société israélienne. Comme le remarque Omer Bartov, historien israélo-étasunien spécialiste de la Shoa, il y a un lien terrible entre une déshumanisation des juif·ves et des tsiganes) dans la société nazie et « une incapacité totale de la majorité de la société israélienne à éprouver la moindre empathie pour la population de Gaza ».
Le soutien au génocide fait aussi parti des affinités entre ces deux drames. En effet Prescott Bush, grand père de George W Bush, s’était enrichi en vendant des armes au régime nazi. Aujourd’hui ce sont en grande partie les entreprises étasuniennes de l’armement, et à un moindre niveau les entreprises d’armement allemandes, britanniques, italiennes et françaises qui accumulent les profits dans leurs transferts (exportation, importation, transit, transbordement et courtage) de matériel de guerre et de biens à double usage en direction du gouvernement israélien.
Aujourd’hui, les gouvernements de ces pays violent la Convention pour la prévention et la répression du génocide. Le gouvernement étasunien viole aussi la Leahy law qui interdit toute assistance à un pays responsable de graves violations des droits de l’Homme. Quant aux gouvernements européens, leurs transferts d’armes sont une violation de l’article 6 du Traité sur le commerce des armes des Nations Unies qui interdit tout transfert qui « violerait ses obligations internationales » comme inscrit dans le paragraphe 2 ; ainsi qu’une violation du paragraphes 3 qui précise : « Aucun État Partie ne doit autoriser le transfert d’armes classiques… s’il a connaissance, au moment où l’autorisation est demandée, que ces armes ou ces biens pourraient servir à commettre un génocide, des crimes contre l’humanité, des violations graves des Conventions de Genève de 1949, des attaques dirigées contre des civils ou des biens de caractère civil et protégés comme tels… »
Cependant, une des différences entre le régime nazi et le gouvernement israélien est, à notre connaissance, l’absence d’un équivalent au Protocole de la conférence de Wannsee qui a laissé une trace écrite de la mise en place administrative, financière et technique de la solution finale. A ce jour nous avons des déclarations de politiques israéliennes qui fleurtent avec la volonté organisée d’éliminer le peuple Palestinien à Gaza comme celles de Yoav Gallant, qui déclarait en octobre 2023 : « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence. ». Quant au Premier ministre Benyamin Nétanyahou il a fait référence aux Amalécites qui auraient dû être éradiqués par le roi Saul. Ici les juristes israéliens semblent avoir appris les leçons de l’histoire du procès de Nuremberg et ont sans doute alerté les politiques pour freiner leurs déclarations. Ainsi celles-ci donnent des signaux à l’armée israélienne d’agir sans restriction tout en se défendant d’appeler au génocide. Comme à chaque massacre de civils Palestiniens, le gouvernement avance qu’il y avait des combattants du Hamas…
Mais aujourd’hui la question de l’intention peut être également constatée quant à la pratique des armées engagées dans une guerre, des moyens, ou l’absence de moyens mis en œuvre par le gouvernement pour protéger la population civile. Or nous avons maintenant les preuves que, malgré les avertissements de la cour internationale de justice, des Nations unies ainsi que des ONG israéliennes et internationales, les attaques dans la bande de Gaza continuent avec la même absence de discernement. Selon Rik Peeperkorn, le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « environ 7 % de la population a été tuée ou blessée depuis le massacre du 7 octobre 2023, et plus de 25 % des plus de 105 000 personnes ont été blessées à vie ». L’OMS a également confirmé les : « 654 attaques contre des établissements de santé à Gaza, qui ont fait 886 morts et 1 349 blessés » et donne le chiffre de 94% des hôpitaux qui ont été endommagés ou détruits ce qui s’ajoute aux immeubles et maisons détruites, 69%, selon l’ONUSAT.
Un autre élément à charge du gouvernement israélien est l’interdiction d’accès pour la presse indépendante à Gaza. Dès 2024, l’ONU alertait sur « le conflit le plus meurtrier et le plus dangereux pour les journalistes », en plus des actes de harcèlement, d’intimidation et d’agression. Ils sont directement visés dans les attaques de l’armée israéliennes, comme ce fut encore le cas le 11 août avec l’exécution extrajudiciaire de Anas Al-Sharif et de 5 de ses collègues. Le bilan des journalistes assassinés dépasse les 200 morts.
Alors que la CIJ et les Nations unies ont rappelé régulièrement le gouvernement israélien à ses obligations en tant que puissance occupante, ce dernier a organisé un blocage quasi systématique de l’aide humanitaire internationale et ce malgré les « niveaux alarmants de malnutrition ». S’il est vrai que les gouvernements israélien et étasunien ont mis en place un semblant d’aide, celle-ci n’a fait qu’aggraver la situation des civiles et provoquer le chaos. L’État hébreu allant jusqu’à financer et armer le gang criminel de Yasser Abou Chabab afin d’accroitre, s’il en était encore possible, la terreur sur la population Gazaouie.
La question est : Comment une partie des membres d’une population, dont les grands parents et arrières grands parents ont subi une tentative d’extermination, peut-elle se retrouver à la place des bourreaux ? Parce que ce qui se passe à Gaza « c’est comme si l’on tranchait les racines et les branches d’un arbre, en disant au tronc : Je t’ai laissé intact. »
Leenhardt Hugues ASER
Muracciole Benoît Président ASER
Staehlin Alain administrateur ASER
